Garde-à-vous 60 microns d’épaisseur !

Une anecdote est à l’origine de ce billet. J’aurais aimé ne pas vivre ce moment de honte. Ce moment où tu te balades dans tout le quartier avec tes outils de « raniania* » à ciel ouvert. Et un de tes voisins qui ne s’abstient de te lancer :  » C’est sûr là, tu n’es pas enceinte « . En effet, j’ai eu la bonne idée d’oublier de ne pas prendre mon sac d’emballage. C’est devenu un habitus au Cameroun. A l’origine de mon ascension sociale (quoi ? Une fille pas enceinte, c’est une ascension sociale au Cameroun), un décret interdisant les emballages plastiques de moins de 60 microns d’épaisseur. Je comprends rien à ce jargon. Alors je suis allée à la rencontre des 60 microns d’épaisseur.

@iCameroon

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Economie verte face au développement

Faudrait faire les choses bien. Alors, commençons par l’historique de ce fait social. Selon l’article 82 de la loi-cadre n° 96/12/05 de 1996 relative à la gestion de l’environnement au Cameroun :

Il est puni d’une amende de 1 à 5 millions de francs Cfa et d’une peine de six mois à un an d’emprisonnement ou l’une des deux peines seulement, toute personne qui pollue, dégrade les sols, les sous-sols, altère la qualité de l’air ou des eaux, en infraction des dispositions de la présente loi.

Une conséquence fâcheuse que voudrait éviter probablement mon cher pays en appliquant ENFIN cette loi. Opérateurs économiques, usagers, tout le monde est concerné par cette dernière. Quoique dix-huit ans plus tard, je ne pense pas qu’il se soucie de notre « bien-être ».

Bref, Pierre Hélé, le ministre camerounais en charge de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, le héros, notre zéro … (Tadatadaaaaa!) est arrivé sur son grand cheval blanc et a décidé d’appliquer LA loi. Depuis 2012 (Ndlr, on ne saura jamais ce qui s’est passé depuis 1996. Sûrement notre amnésie sommeillistanaise**), notre héros envisage d’interdire 30 % des emballages plastiques produits sur son territoire pour les remplacer par des produits de substitution. Il l’a révélé à l’issue de l’atelier de définition d’une politique nationale de gestion des emballages non biodégradables, le 5 janvier 2012 à Yaoundé.

Contrairement à l’imagerie populaire, c’est depuis 2012 qu’on en parle. Suite à l’arrêté signé conjointement par le ministre camerounais du Commerce et son homologue de l’Environnement, de la Protection de la nature et du Développement durable, le 24 octobre 2012, et blablabla …  réglementant la fabrication, l’importation et la commercialisation de certains emballages non biodégradables basse densité, c’est-à-dire inférieure à 60 microns d’épaisseur, très prisés pour les usages domestiques.

Un communiqué visant à mettre en pratique ledit arrêté a été rendu public, le 6 janvier 2012 13 février 2013. C’est-à-dire un an plus tard… le temps de réfléchir, d’informer la population, de  la sensibiliser. Ham… Non merci je suis juste en train de rêver. Ça ne s’est pas passé comme ça.

Alors :

sont formellement interdits sur l’étendue du territoire national la fabrication, la détention, la commercialisation ou la distribution à titre gratuit des emballages plastiques non biodégradables à basse densité, ainsi que les granulés servant à leur fabrication . Toutefois, ledit communiqué précise qu’au risque d’encourir des mesures de saisie et de destruction, la chaîne de fabricants, importateurs et autres distributeurs ont un délai de 18 mois jusqu’au 25 avril 2014 pour épuiser leurs stocks, ou se conformer à la nouvelle règlementation.

 

Chaque année, le Cameroun perdrait  200 000 hectares de son couvert végétal à cause des sacs plastiques

Selon l’entreprise de collecte des ordures ménagères au Cameroun, sur les 700 tonnes d’ordures collectées par elle chaque jour, 14 tonnes sont des déchets non biodégradables sans compter ce qui échappe à la société.

En 2013 seulement, on a collecté près de 600 000 tonnes de déchets plastiques au Cameroun. C’est trop!

S’indigne Hélé Pierre.

Comme hypothèse de substitution, il recommande l’usage des sacs en papier, en raphia ou des feuilles de bananiers pour emballer les courses. Cependant, des chiffres sont avancés sans source : celles des 200 000 hectares de perte chaque année. Tous les médias avancent cette étude. Mais personne ne l’a vue.

Le recyclage?

Cette activité est entrée dans les moeurs depuis belle lurette. Plusieurs débrouillards, entreprises, PME et Multinationales sont devenus des activistes du recyclage. Cette activité est devenue même au fil des années, source de revenus.

Alors où sont les emballages biodégradables? 

Des usines seront construites avant 2014 pour pallier le déficit, des lois fiscales incitatives ont été mises en place, dixit notre ministre « le héros ». Ham, le souvenir de mon « ascension sociale » me fait dire que non. Il aurait pu m’épargner : à défaut, la ville se balade avec les sacs de marché.

Bref,

Son’a ponda!

* Mes règles

** Sommeillistanaise: Néologisme piqué à mon grand frère Manekang Owona qui traduit le côté paradoxal du Cameroun. Une République qui dort sans pour autant dormir. Une République qui applique des lois lorsqu’elle veut.

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Danielle Ibohn
Je suis hypothétiquement barrée... Je dis bien hypothétiquement. Community Manager en herbe, se prenant rarement au sérieux.