Mon amie « Madame Le Procureur d’ETAT »

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29 octobre 2013

Mon amie « Madame Le Procureur d’ETAT »

Elle réponds au numéro 97106118. Elle est procureur au Cameroun. Samedi dernier, elle m’accusait de vol de voiture.

Crédit Marinette Fargetton... Une des nouvelles monblogueuses qui m'a donné un coup de crayon https://unprintempspourmarnie.mondoblog.org
Crédit Marinette Fargetton… Une des nouvelles monblogueuses qui m’a donné un coup de crayon https://unprintempspourmarnie.mondoblog.org

Je suis une « petite nature » comme on dit. Et cette interlude dans ma vie m’a beaucoup secoué. Bref! Je vous raconte. Le weekend dernier, les « Weekend Startup » étaient au programme. Un événement IT dont je ne manque les rendez-vous (faisant partie du comité d’organisation). Cependant, celui de Yaoundé, il y avait de fortes chances que je n’y participe pas. J’étais malade.

Un coup de fil me sort du lit

Je devais donner un coup de main sur les réseaux sociaux et en faire la couverture médiatique. Il fallait que j’y aille. Levée à 6h et c’est parti avec mon pote, Benn. Nous faisons tout le trajet sans problèmes. Au niveau de l’entrée de Yaoundé « Mbankomo barrières » , la police nous arrête : Contrôle de police.  Le policier fait un premier contrôle sans conséquence. Il fait sortir un premier passager qui possédait une carte d’électeurs. Il repart , il revient. Puis fait un deuxième contrôle. Je veux pisser et me degoudir les jambes, je sors. En sortant, je lui remets ma carte. De retour de ma besogne, il me demande de descendre avec mes bagages: contrôle de routine. Je le suis angoissée. Je lui pose la question: ma carte est-elle fausse? Le policier me réponds: Si vous n’avez rien à vous reprocher? C’est quoi cette réponse! Je commence à paniquer.

Allo! La base? Les oiseaux sont dans la cage

Bien reçu, on vous les transfert pour le nid

Ha! Quel nid? Il me réponds. On vous amène au GMI  « l’école de police de Tsinga »

A ma descente du bus, dix minutes avant mon arrestation
A ma descente du bus, dix minutes avant mon arrestation

Ils se tourne vers ses collègues, il gueule le policier :Réquisitionnez une voiture! Ce sont les ordres. Amenez-les au GMI!

Alors débute une scène, plutôt troublante. Ses  collègues refusent d’y aller.  Le policier (visiblement le chef) réitère l’ordre. Rien n’y fait, personne ne s’exécute. Mais on est où là? Je commence à me poser la question. Il commence à draguer une des présumés voleuses. Soit! Après maintes menaces, une réquisition d’un taxi par les « présumés coupables » on s’envole pour l’école de police lieu dit GMI de Tsinga. Une voiture fait un dépassement, nous percute. Accident de voiture! Coté passager, elle vient frôler la portière où je me trouve. Je suis tellement choquée par ce qui se passe que je m’en rends même pas compte.

Il a gratté ma voiture, s’écrie le chauffeur de taxi. Les policiers: « on n’a pas le temps de faire le constat » Donne lui de l’argent, on part. Le Monsieur s’exécute. On entre dans le taxi. Le chauffeur a obtenu 7000 Fcfa. Le policier de réitérer, tu aurais dû en faire plus, t’aurais eu plus.

Arrivés, nous trouvons d’autres personnes arrêtées dont un substitut du procureur, un adjudant, une employé de banque tous venant de Bafoussam. Nous attendons dehors. Le poste se vide. Des personnes récupèrent leurs cartes d’identité, repartent. J’interroge le commandant. On est arrêté pourquoi?  Il me donne un numéro de téléphone en disant règlé ça avec elle. C’est une dame Procureur. Puis ses adjudants nous demandent de passer en cellule. On y va. On était 11 dans cette cellule: 8 hommes et 3 femmes dont moi. Alors commence un scénario dont je ne connais les aboutissants.

Le numéro de « Dieu »

Ce qui fût génial avec ce numéro , c’est qu’il te donnait la liberté. Tout le monde appelait à ce numéro sans cesse. C’était le numéro de ma grande amie « Mme le Procureur » . Le numéro de « Dieu » . Il avait de le droit de vie ou de mort, vous aussi. A ce qu’il parait, nous aurons volé ses véhicules: celui de son mari et la sienne. Une des voitures a été retrouvé grâce au GPS et un présumé coupable a été pris. Nous serons ses complices. Pourquoi? Parce que nous partageons la même profession qu’eux! Hum… La justice de mon pays! Ceux qui obtenaient le sésame, pouvaient partir. Fallait l’appeler, négocier avec elle. Puis elle vous dit, je vais vous rappeler comme une demande d’embauche pliée d’avance. Vous attendez! Rien! L’adjudant s’en va, le substitut et cinq personnes les suivent. Je vois ce manège, des noms barrés sur la liste. Puis un autre coup de fil de « Dieu »! Transférez-les à la Gendarmerie de Longkak.

Pas si « Dieu » que ça finalement« 

« Dieu » pour ceux qui ne l’ont pas compris, c’est ma grande amie « Mme Le Procureur » Nous arrivons à la Gendarmerie. Entre temps, j’oublie de dire que j’ai déjà déversée une tonne de larmes. Je sais , je suis pas une courageuse, je l’avoue. Le gardien en service me demande : vous pleurez quoi? Je ne suis pas sensible. J’ai votre note. Ce weekend, vous dormez ici. Je repanique. Je me demande comment j’ai fait pour ne pas tomber dans les pommes. « Dieu » le rappelle: ce sont des voleurs, gardez-les jusqu’à lundi. Alors, on nous mets en prison. Les femmes d’un coté, les hommes en cellule. Moi, il m’a mise à côté tellement je pleurais trop. Puis, il nous demande de nous asseoir. Il nous mettra pas en prison. On doit faire un geste (le corrompre). Mes collègues de fortune disent: non!

Puis, le Commandant débarque. Dieu seul sait ce qui venait foutre là! Peut-être était déjà la réponse à mes prières? Par pour le « Dieu » là hein? Mais le vrai quoi? « Pourquoi les prévenus sont en cellule avec leurs téléphones portables, leurs ceintures et montres » gueule le Commandant! « Ils sont là pourquoi? »

Le gardien: pour vol! Même elle? (me désignant)

Le Commandant: où le mandat?

Le gardien: « Il y a pas de mandat » C’est le Procureur qui a intimé l’ordre

Et le Commandant regueule: sortez de ma gendarmerie, sortez! L’administration est verbale. Il va rechercher un taxi. Nous fout tous dedans et retour à l’école de police lieu dit GMI de Tsinga. Lorsqu’on arrive, le Commandant fait une moue. Encore vous? Remettez-les en cellule! Cette fois ci, nous restons à la guerite assis sur un banc. On commence à discuter avec les officiers en poste.

Les officiers: Vous avez rappelés « Dieu »

L’employée de banque réponds la première non! Elle bipe mon petit frère. Et moi, dans ma lâcheté sans précédent pourquoi vous ne la rappelez pas. Avec un regard aussi froid, elle me dit: elle porte plainte contre moi. Elle demande que je la rappelle? Je me rassois déjà plus humiliée qu’avant. Alors, elle ressort son téléphone, rappelle son frère qui appelle « dieu » Mes congénères font pareil!

Faut mouiller la barbe pour sortir de prison (Corrompre)

Comme un hymne à la liberté, le même refrain revient: il faut corrompre le policier. « Dieu » leur dit tous. Mes congénères le répètent aux officiers. Ils sentent que cette histoire peuvent leur couter leur travail. Entre temps, j’ai pas de nouvelles de la « Team Startup weekend ». Je les cherche. Je les vois arriver. Il s’approchent de la guérite. je leur fais le signe: « Vous avez appelés « Dieu » Ils me disent , c’est fini! On va rentrer.

Gilles Lewat (Co-organisateur de la Startup) entre dans la pièce, l’officier me demande de sortir. Vous êtes libres.

Je n’y comprends. Alors Herman Kouassi et Benn m’expliquent. Le commandant de la gendarmerie,vous vous rappelez celui où on a été transféré. Il a donné à la team Startup, le numéro du Procureur de la République du Cameroun. S’il y a un mandat d’amené, il le saurait. La team est rentrée de la gendarmerie et est allée à la rencontre du Commandant de l’école de police. Ledit Commandant  n’ayant pas le numéro du  Procureur de la république se félicite de la trouvaille et appelle le procureur. Entre temps, les officiers en charge de notre incarcération rendent compte des témoignages. Le Commandant se charge illico de le transmettre au Procureur. Il intime l’ordre de nous libérer et demande à « Dieu » de le rappeler. Chose qu’elle dit dans l’incapacité de le faire parce que le numéro du Procureur de la République ne passerait pas.

Crédit Marinette Fargetton
Crédit Marinette Fargetton

Hum… mon weekend! J’ai pleuré, remercié DIEU, le vrai!

Allez Son’a ponda!

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Commentaires

Roméo Taka
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Salut, ma Mondoblogueuse préférée...!
Assia...pour ce week-end infernal passé dans les geôles d'une prison à Yaoundé..! C'est... scandaleux, il n'y a pas d'autre mot. Il va falloir un jour mettre fin aux abus des soi-disantes "forces de l'ordre" dans ce pays... Ces brutes qui se croient tout permis parce qu'elles portent un uniforme... corrompues jusqu'à l'os! Et pour la Procureur qui se prend pour "Dieu"-là hein...vraiment, quelle honte..! Laisse seulement... Un jour un jour...

Cyprien
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Si j'ai besoin des services d'une pleureuse, je saurais compter sur toi. Mais plus sérieusement ce qui est bien est que l'histoire se termine bien et le vrai Dieu t'est venu en aide.

otibou
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hummm!!!finalement jai pas compris grand chose à cette histoire.

Danielle Ibohn
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Même moi Otibou ;) affaire bizarre!

Cyrille Nuga
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J'ai tellement ri...bel article, et vive l'Afrique, où est passée la présomption d'innocence?

jeux grattage millionnaire
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Vraiment interressant