Le 4 Novembre 1982, à la surprise générale, l’ex président camerounais quitte le pouvoir, A 10 heures et 15 minutes, Samuel EBOUA, secrétaire général à la présidence de la République, est reçu par Ahmadou Babatoura Ahidjo.

J’ai décidé de démissionner. En effet, depuis un certain temps, je constate que je ne suis plus à même d’assumer pleinement mes fonctions à la tête de l’État. Mes nerfs sont à bout, et mes médecins m’ont prescrit un repos complet d’un an. J’ai donc vu Biya. Je lui ai dit que vous avez servi avec dévouement l’État, et qu’il est souhaitable que vous continuiez à le faire. Il vous proposera donc soit le ministère du Travail et de la Prévoyance sociale, soit le département de l’Agriculture avec le rang de ministre d’État. Toutefois, au cas où vous ne désireriez pas à faire partie du gouvernement, vous pourriez aller à la Société Nationale d’Investissement en qualité de Président Directeur Général lui dit alors le Président de la République

20h au journal : Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes. J’ai décidé de démissionner de mes fonctions de président de la République du Cameroun. Cette décision prendra effet le samedi 6 Novembre 1982 à 10 heures… J’invite toutes les Camerounaises et tous les camerounais à accorder sans réserve leur confiance, et à apporter leur concours à mon successeur constitutionnel M. Paul Biya.

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes…

Depuis que je suis née, je fais confiance à cet homme. Euh! Après tout, j’avais pas le choix non plus. Mais le jour où j’ai eu l’âge de voter j’ai voulu changer les choses. Comme une vierge, mon premier amant m’a déçu…Ses différentes concubines faisant partie de la classe politique dirigeante m’ont vendu ses mérites… Tu grimperas au septième ciel … oh! oui! je l’ai touché mais par la pensée seulement lors de ces élections très très démocratiques. Le RENOUVEAU. Tout était dans cette phrase: C’est qui convient le plus. Me convient-il aujourd’hui? J’en ai aucune idée… J’ai pas le choix. Le Roi Lion, sa basse cour et surtout elle m’invectivent «Jeunesse paresseuse qui ne fout rien»; Oui! Je me soule; oui ! Avec quel fric? Le mien! Pas le vôtre?

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes …Lydiane tsayem

Un 06 Novembre…Ou quand tu achètes la crème de beauté « Je vais que te rendre blanche oooooohhhh ma chérie », et que trente ans plus tard, tu te retrouves avec le corps strié de noir et de blanc façon « zèbre », mais en moins joli…

Ou alors, lorsque tu épouses un mec, et que trente ans plus tard, tu te rends compte que le jour de votre mariage, il était si saoul que toute la soirée, il t’a confondue avec son ex dont il était amoureux, et que c’est à cette méprise, seulement à cette méprise, que tu dois l’existence de votre couple. Disons que le mec- trentenaire, toujours aussi sexy, genre beau brun ténébreux-, il devait être tout de même un peu inspiré au début…trente ans plus tard, il faut dire, même Jésus s’est tiré à cet âge là!

Bon. Disons que le destin ne l’a pas aidé. Entre les accords très philanthropes (On est là pour vous aider, hein?) que nous faisaient signer le FMI, la dévaluation du Francs CFA, la crise boursière internationale et autres, le destin ne l’a pas vraiment servi, le pauvre…

Mais au fond, le bon goût aurait exigé qu’en ces circonstances, au lieu de placer des camions anti-émeutes à tous les coins de rue du pays, qu’en ce jour tout du moins, qu’il offre une part de gâteau à chaque Camerounais (Zut! Je viens de dire à mon boyfriend comment faire tomber toutes mes colères…mince!). Après ces trente et magnifiques années passées ensemble, nous n’avons plus qu’une chose à dire: « Et si l’on s’abstenait de fêter le trente et unième anniv’? »…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes… Serait-ce trop tard pour les grandes réalisations? Marie Simone Ngane

Le 06 novembre 82, je n’étais pas née. En 90, lorsque le multipartisme a été mis en place, je n’étais pas née. Lorsqu’en 92, les espoirs de cette nouvelle opposition se sont envolés, je parlais à peine. Je n’ai pas connu les chantiers du renouveau, je suis née dans l’inertie, je n’ai connu que Paul Biya. Je pense pourtant (sans avoir lu les textes des autres) que je serais la plus optimiste de tous. Je ne veux pas pleurer sur les trente ans qui viennent de s’écouler. Serait-ce trop tard pour les grandes réalisations? Le Cameroun peut-il émerger en 2035 ou alors sommes-nous déjà trop loin derrière dans la course ?

Ce 06 novembre 2012, j’ai vu mes pairs se plaindre, gémir sur les réseaux sociaux le mal-être de la jeunesse camerounaise. La faute aux lions m’a-t-on dit, « au moins quand ils gagnaient, on était fiers d’être camerounais ». Qu’avons-nous fait pour que les choses changent ? Rien ? Sommes-nous pareils que le système que nous décrions ? Puissions nous, cette jeunesse qui se revendique du changement, ne pas répéter les erreurs des aînés, ne pas tomber dans le clivage des nombreux leaders que l’on ne peut départager. Ne ratons pas le coche de l’Afrique émergente.

Le renouveau m’aurait-il déçu ? Pour être déçue, faudrait-il encore avoir eu le choix…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes…Ulrich Tadajeu

…au chef de l’État, en cet anniversaire, de ne pas le célébrer. Nous l’invitons à prendre quelques années pour mettre sur pieds une véritable société de consensus où règnent la confiance et la tolérance. Ceci en créant un panthéon à la mémoire des héros nationaux. Ensuite, il assainit vraiment les mœurs et le champ politique à travers la transparence pour créer aussi un climat de confiance entre les différents entrepreneurs politiques. Tout ceci en accordant une place prépondérante à la jeunesse, aux Technologies de l’information et de la communication. Voila les préliminaires que notre chef doit faire au lieu de démissionner comme le prétend une certaine presse. Ainsi, à mon avis, on pourra parler de « Renouveau », non pas par rapport au régime Ahidjo, mais par rapport à la première phase du régime Biya qui a été tout, je dis bien tout, sauf le « Renouveau ». Soucieux de l’image qu’il aimerait laisser en quittant le pouvoir, le chef de l’État pourra ainsi être fière de cette image…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes ….Le renouveau m’a tué…Zouatcham

Voici un régime où les jeunes n’ont plus de rêve où les plus méritant souffre de la corruption où les jeunes n’ont de solution qu’en sortant de leur pays ou en se prêtant à des pratiques peu orthodoxes. Ce régime a trop durée. C’est un régime qui dirige un pays stable et immobile. On nous vante la stabilité. De quelle stabilité ? Une stabilité au prix de quoi ? Quel sera le prix ? Que nous vaudra ce régime. J’ai trente ans quatre masters et je prépare un doctorat et dans mon pays je ne suis pas encore cassé. Il faut être amoureux de la douleur et sado maso comme ces criminels qui servent le pouvoir pour croire que ce régime a du bon et lui accorder ses suffrages. Le Cameroun va connaitre un choc social comme le cousin Hubert des visiteurs. Oui nous nous réveillerons un matin avec l’histoire en face de nous comme cet immeuble dit de la mort en plein cœur de Yaoundé capitale du cameroun. Au Cameroun quand tu réussis à t’enrichir en pillant les poches de l’état tu es adulé quand tu trimes et tu essayes de te conforter en reposant des bases de moralité on te traite de con et d’idiot. Au Cameroun, les difficultés que l’on rencontre on trait soit à l’origine tribale ou alors à l’origine sociale. Comment comprendre qu’en plein 21 siècle, l’on applique encore au Cameroun la répartition régionale dans les concours ? L’unité camerounaise de 1972 n’est-elle donc qu’un leurre scandé comme les nombreux slogans creux de ce régime ? Dans quel pays on procède à un recrutement où les plus jeunes sont recrutés avant leur ainé académique. C’est le ferment de la discorde et surtout de la victoire de la corruption et du favoritisme sur les valeurs républicaines…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes … Pourquoi le soleil du renouveau de 30 ans de Paul Biya n’apporte rien de nouveau à la jeunesse Camerounais? Josiane Michael Kouagheu Chemou

Ce mardi, je me suis promené au carrefour Ndokoti à Douala, capitale économique du Cameroun. Un grand carrefour. Le plus grand de Douala, a en croire certaines personnes.

Ils étaient là. Certains sur des motos, d’autres sur le trottoir, diverses marchandises à la main, se promenant de gauche à droite.

J’ai vu ce que trois décennies ont ignoré. J’ai vu des jeunes, plein de rêves, stoppés aux portes de ce gouvernement. Ils sont techniciens supérieurs, licenciés…, mais ils sont des vendeurs ambulants, des maçons, des conducteurs de moto.

Ils étaient loin de leur rêve ce jour, ce mardi, jour de la fête pour les « fans » du régime (ironique non?). J’aimerai comprendre pourquoi. Pourquoi est ce que le soleil du renouveau de 30 ans de Paul Biya, n’apporte rien de nouveau à moi, à la jeunesse camerounaise? Pourquoi…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes … 30 ans c’est trop!…Nasser Abdou

Le 6 novembre 1982 il était acclamé comme l’homme du renouveau. Aujourd’hui, on dirait qu’il est un monarque. Pendant tout ce temps,son gouvernement n’a presque rien fait de bon. Aujourd’hui qu’il est vieux, il prétend faire du Cameroun un pays émergent. Que faisait-il durant tous ce temps passé au pouvoir?…hum

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes… la paix ne fait pas le bonheur… Julie Owono

Avec le Président Paul Biya, le Cameroun a connu 30 ans de paix, ne cessent de rappeler les partisans de l’homme qui fêtait le 6 novembre 2012 les 30 ans de son accession au pouvoir. Relativisons cependant : selon le  Global peace index 2012, le Cameroun est classé 97ème Etat le plus en paix au monde, sur 158. Surprenant qu’avec autant d’années sans guerre, ce pays ne fait pas partie des 5 pays les plus sûrs d’Afrique, l’Île Maurice étant le premier du continent et 21ème au rang mondial.
La paix camerounaise tant célébrée par ses partisans n’est pourtant pas la panacée.
Notre président est un homme de la guerre froide, qui s’est laissé enfermé dans le discours géopolitique qui prévalait alors : la stabilité à tout prix, même si le risque était la paupérisation des populations et une léthargie politique, économique et sociale. La conséquence de cette doctrine prêchée par des stratèges occidentaux a eu pour principale conséquence que le seul service public efficace au Cameroun est celui de la sécurité, non des citoyens, mais celle du régime contre toute tentative de déstabilisation, surtout celles fantasmées.
Nous continuons encore à payer le prix  de cet accident historique. Paul Biya serait-il toujours un homme qui lit l’histoire dans le marc de café d’avant la chute du mur de Berlin?
Son sursaut politique récent, peut-être sa dernière chance d’entrer dans l’Histoire, en saisissant la main qu’elle lui tend : préparer les institutions, Sénat et Cour constitutionnelle, continuer sa guerre contre la corruption, et préparer notre pays pour que les  70% de camerounais de moins de 30 ans puissent envisager un avenir plus enviable que celui brisé en plein vol de leurs parents…

Camerounaises, Camerounais, mes chers compatriotes…FrankWilliam

Je suis sûr que c’est la malédiction. On lui a fait ça au village. Ne riez pas. Je suis sérieux. L’année dernière, ma voisine m’a dit qu’elle ne pouvait plus aller à un meeting. Même si c’est l’anniversaire de l’accession au pouvoir du « Noum gui ». Quand j’ai demandé, elle a maugrée et elle est partie. Séraphina ? Elle n’a pas répondu. Dans mes recherches, j’ai appris que lors de la fête du 6 novembre 2011, elle n’avait pas mangé (même pas le pain chargé). Ni bu de l’eau plate (j’ai aussi entendu ceci dans un restaurant de la place), ni la somme de 5000 Fcfa promise à chaque militante avant les cérémonies. Euch !!! Jusqu’à ce point ? Si c’est comme ça, je suis d’accord avec toi. Comme dit maman Foning, « Nous te soutenez ! ».

Ce 6 novembre 2012, il est 22h30. Je suis abrité sous un hangar. Je vois vos gros yeux ouverts. Je fuyais cette pluie torrentielle qui s’abattait sur la ville. Quand je tourne la tête, qui vois-je venir ? Séraphina. Ma voisine est bien fâchée. Son visage est tellement serré on dirait le pain « rassie » que j’ai vu tout à l’heure chez le boutiquier du coin. Ce genre qu’il faut prendre une machette pour couper. Séraphina et ses autres camarades militantes marchaient sous la pluie. Sans parapluie, sans protection. Elles arboraient toutes les uniformes du parti des flammes avec l’effigie du « Nkunkuma ». Les militantes se plaignaient. Depuis le matin comme elles sont sorties, elles n’ont pas encore mangé. Elles disent qu’un grand camarade a pris l’argent qui leur était destiné et a disparu. On m’a a dit que l’épervier rôde là haut. Mais les gens ont toujours le courage d’emporter l’argent des autres. Tchuips….

Camerounais Camerounaise ,mes chères compatriotes de 2035….Florian Ngimbis

En ce lendemain de fête nationale, les rues de la capitale sont plus ou moins désertes. La Société des Brasseries du Cameroun, devenue première industrie du pays a décrété une baisse de moitié du prix de la bière, pour permettre à tous ses clients de célébrer dignement l’évènement. La conséquence notoire a été une beuverie générale suivie d’une gueule de bois nationale.

La veille, le roi Lion alias Duncan Mc Leod alias l’Immortel a présidé le défilé en personne via son hologramme relifté et programmé pour sourire et saluer toutes les deux minutes. En ce lendemain de fête, aucun journal n’a osé publier une autre photo que celle de l’hologramme officiel. Personne n’a osé braver la loi sur l’image du monarque qui interdit la représentation du Roi Lion sous son aspect délabré et fripé actuel. L’union des Journalistes s’inquiète par ailleurs du sort d’un confrère du journal la Vérité qui pour avoir osé publier une photo du Roi Lion en déambulateur, est allé méditer sur les Vérités Eternelles dans une cellule du pénitencier sous-terrain de Nkondengui.

Le défilé a été marqué par la présence de tout le gratin politique de la Nation. Tout le monde a pu apprécier leurs luxueuses berlines à coussins d’air se jouant des nids de poule du Boulevard Bolloré. Depuis l’élection de 2018, les opposants tels qu’on les nommait n’ont plus beaucoup de travail. Le nouveau système politique, la chefferie démocratique, qui n’admet pas d’alternance, en a fait des notables, dont les seules intrigues consistent à se demander s’ils doivent proposer le médecin personnel du Roi Lion au Prix Nobel ou à la potence.

La soirée s’est néanmoins bien terminée, malgré l’annulation du concert géant prévu, les sept sociétés de droit d’auteur musical n’étant pas parvenues à se mettre d’accord sur le partage du pactole promis par la multinationale, promotrice de l’évènement. Les riverains du lieu devant accueillir l’évènement se disent par ailleurs soulagés car la puissante coalition de pasteurs de sectes réveillées avait promis de saccager les lieux si deux artistes pratiquant le rythme à la mode, le porno-bikutsi étaient maintenus dans la programmation.

Malgré la gigantesque coupure d’électricité survenue vers vingt trois heures, coupure qui a fait se demander aux uns et aux autres pourquoi le développement du solaire n’a jamais fait partie des Grands Chantiers Inachevés, la soirée fut belle pour certains comme ce Florian Ngimbis, fêtard rencontré devant le monument du martyr Marafa Hamidou Yaya:« on n’a jamais eu besoin de lumière pour avaler une bière dans ce pays, si c’était vrai en 2012 je ne vois pas pourquoi ça ne le serait pas aujourd’hui »…

Les vieilles marmites feraient de bonnes sauces. Je lève les fonds pour une mise en bière de notre espoir. Bien vouloir apporter la bière et surtout les mises.

Allez,

Son’a ponda.