( Crédit Photo Espace Rezo)

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J’aurais voulu ne pas écrire ce billet. ShakaAzonto, une amie m’a dit à sa façon que l’enfermer dans ma tête ne sert à rien. Témoigner, c’est lutter. Alors je lutte.

En 2006, j’ai fait la rencontre de Sylvie, une rwandaise. Elle était tout ce qui a de fayot,  accrochée aux règlements. Une de ses filles désagréables qu’on déteste à la fac. Je ne sais pas comment et pourquoi nous sommes devenus amies. Je portais le nom de sa fille adoptive Danielle. Elle était Hutu et combattait les Tutsi. Elle fut enrôlée à 15 ans. Pourquoi? Elle n’a aucune idée. Ce qu’elle sait c’est qu’elle fuyait la ville avec ses parents. Qu’ils ont été tués et qu’elle fut prise pour la « bonne cause ». Je vous raconte son histoire.

Tuer, elle ne peut

Le premier jour au camp, elle était entourée d’enfants allant de 10 à 15 ans. Aussi perdu qu’elle, pleurant à chaudes larmes. « Ce bruit était presqu’une symphonie à la mort », me dit-elle. Leurs bourreaux (jusqu’à ce jour, il est difficile qu’elle les nomme) entrent. Ils leur demandent de sortir de cette geôle en paille. Ils sont dans la forêt. On a dû lui administrer de la drogue.

Il faut tuer, crient leurs bourreaux. Il faut assainir la vermine. Nous sommes l’élite.

Bien loin des considérations politiques, elle a faim. Elle ne tuera pas de toutes les manières. Elle s’enfuira. Ils seront seuls dans la foret, entre nous. Elle pourra s’échapper. Alors , elle rêve de liberté, du chemin qu’elle empruntera. Il est l’heure de partir. Elle est surexcitée. Tout le monde l’est sauf les nouveaux. Elle était d’une toute autre excitation. Celle de s’échapper.

Dans la forêt…

Elle s’enfonce peu à peu vers ces hautes herbes, ces arbres. Ils doivent rejoindre la route. Ils doivent débarrasser du monde la vermine. Son ton change. Il devient froid. Elle doit avoir tuer. Je commence à me rendre compte peu à peu. Son visage se referme. Son récit sur les violences perpétrées sont insoutenables.

« On tuait à l’arme blanche. Parfois, avec une arme. Nous, les nouveaux , nous avions une arme. Je n’ai pu tiré sur personne. Mais sans oublier, ce qui m’attendait au camp. Je n’ai pu fuir. Ce ne sont plus des humains, ses enfants. Ils m’ont brutalisé. Ma sentence a été irrévocable. J’ai tué un autre enfant au camp pour sauver ma peau. »

Drogue, sexe, liberté

« Je connais plus de 30 techniques pour tuer un homme. J’en suis fière ? Cela m’a détruite. J’ai été violée tour à tour par mes bourreaux et mes collègues de même pas 13 ans. Le sexe, c’est sale. Je suis addict à la coke, au chanvre. Tout ce que j’avais sous la main. Dans un moment de lucidité, pourtant j’ai pu rejoindre le camp de l’Unesco dans un village pour m’échapper. J’y passé tout mon enfance: Ecole, Psy, atelier. J’ai obtenu mon baccalauréat dans ce camp et j’ai quitté le Rwanda. Il nous demandait de choisir un pays. J’ai choisi le Cameroun. Parce qu’ils ont une multitude de langues, de tribus et ils arrivent à vivre. C’est mon idéal de pays. Je peux y vivre. J’ai adopté une tutsi. Et j’y vis. »

Me reconstruire?

« Je ne pense pas. Je suis détruite. J’ai un homme qui m’aime. Continue ma thérapie. J’espère que la vie sera moins pénible. »

Voilà! J’ai lutté ShakaAzonto! J’ai lutté Sylvie! J’ai lutté…

Son’a Ponda