Le cinéma LE WOURI (Crédit photo Daniel Kameni)

Le cinéma LE WOURI (Crédit photo Daniel Kameni)

Je ne sais pas si je vous ai déjà parlé de ma passion pour la cinématographie. Mon premier film remonte à l’âge de 6 ans. Ce fut un film sur… C’est drôle je me rappelle plus en fait. Mais une chose est sûre, c’est que j’avais pas mangé cette semaine là, pour me payer mon ticket d’entrée. Chaque mois, dans mon école primaire, un film nous était diffusé. A l’époque, j’étais la fille de la maîtresse et je ne savais pas les avantages qu’elle procurait. Je pouvais entrer gratuitement. Et Mince! Tant de sacrifices, pour rien. Mes 25 FCFA, mon trésor si longuement gardé pour rien? Quoi? C’était une fortune à l’époque. N’empêche que la grande toile, c’est pas pareil que l’écran cathodique hein? Les images sont deux fois plus grandes, et la scène nous embarque dans cet univers virtuel qui devient réel pour une heure ou deux. J’avais les yeux plein, la tête et aussi l’estomac dans les talons. J’avais oublié de prendre un truc à bouffer oh!

Je n’étais pas en âge d’aller au cinéma seule. Alors j’attendais impatiemment ces programmes de toile. Cependant ma toile a eu son premier œil au beurre noir. Le programme a cessé. Il faut que je réédite l’expérience. Seulement, le directeur de mon école trouvait que ça nous distrayait un peu trop. (Les élèves ne vivant que pour ces moments et oubliant les études. Fallait se cotiser pour se payer une place). Il fallait absolument que j’entre au collège. Quand t’es au collège, t’as la latitude de faire ce que tu veux et t’as de l’argent de poche. Ah! Mon père! Il était fort quand même. Je vous explique. Je suis une paresseuse de feu. Je fais les choses quand elles me plaisent et je le fais bien. Et lui, il avait compris ça. Après tout, c’était mon père aussi. Alors comme une carotte, il m’a fait miroité la liberté. Moi, je ne voyais que la liberté d’aller au mythique cinéma le Wouri. A l’époque, c’était le must des must. Écran géant, fil d’attente de feu, tribune d’exhibition (mode). Personne ne le sait, mais j’ai eu mon diplôme d’entrée au lycée à cause de lui et aussi qu’il ne croyait pas en moi (mais ça c’est mon complexe d’Œdipe avec lui hahaha).

Premier film: « Independance day et le droit de tuer ». Je m’en rappellerais toute ma vie.  Séance de 14h, ma cousine m’embarque. C’est vrai que je l’ai saoulée, et que j’ai surtout cotisé pour y aller. Ma mère inquiète, m’habille. Elle, je me demande si j’avais été une grande fille pour elle. Bref! J’y vais. Qu’est-ce qu’on fait? Il faut faire quoi? Elle m’aligne ma cousine, achète nos tickets, me donne le mien. Et là, j’ai foulé la salle mythique, tapis rouge, clime à fond, des personnes qui montent et qui descendent. Ah! mon paradis! J’étais une grande. Nous choisissons nos places. On s’assied. Très vite, ma naïveté me rattrape. Je veux dire bonjour à tout le monde ma cousine dit non! C’est pas branché ça. Je me rassois. Elle va nous acheter à grignoter: boisson, pop-corn. On est paré. Les lumières s’éteignent. la projection commence.

Je vous explique. Allez au cinéma, c’est quand un même un tripe énervant et génial à la fois. Il y a l’emmerdeur. Celui qui a déjà vu les films et qui est tout près de vous et vous raconte le film point par point. Il y a le couple. Je ne sais pas pourquoi ils viennent au cinéma. Mais ils ne font pas que regarder le film , leurs bouches se regardent aussi. Puis il y a le chabat. C’est espèce d’endroit où toutes les blagues sortent. C’est pour eux, que j’y allais, pas la toile en tant que telle. Ah! deuxième œil au beurre noir pour ma toile.

Lorsque le rideau s’est baissé pour la première fois, ce monde s’est ouvert à moi. Cette ambiance mêlée à la fois à la salle et au film, les points de vue se défendent. Un débat ou une dispute est crée et le film devient plus intéressant dans ce chahut.Je ne sais pas comment dans ce tohubohu, j’arrivais à suivre le film. N’empêche qu’il fut à chaque fois très instructif. Toute mon année scolaire, je suis allé au cinéma pendant les jours de classe, en cachette, le weekend, les séances de 18h alors que j’ai classe demain.

Cependant je ne savais pas qu’en terminale, l’arrivée d’internet, m’éloignerait de lui. Troisième œil au beurre noir pour ma toile. J’y allais de moins en moins occupée à tchatcher. Puis un jour, voulant y aller. je suis arrivée et je l’ai trouvé fermé. Quoi? WTF. La crise est passée par là. Les financements, les impôts, l’arrivée du câble et surtout les téléchargements, les DVD nigérians ont tués le business. Why? Quatrième œil au beurre noir pour ma toile. Elle est devenue une église, réduite à l’abandon. Il y a en 4 au Cameroun. il n’en reste qu’un et encore.
Les promoteurs sont obligés de louer la salle beaucoup plus pour des concerts, émissions TV, mariage, et réceptions pour exister. L’activité principale est passée aux oubliettes. Pourquoi plus de salle de cinéma au cameroun, je me demande. Les droits d’auteurs? Ces espèces de droits des auteurs que le ministre de la culture nous miroite en guise de menace. Tout le monde y passe. Même les cybercafés, une époque, étaient sous la menace. Wanda (Etonné)! Ou bien, c’est la crise, ou la présence d’un autre centre d’occupation. Je ne comprends pas.

Allez, Son’a ponda!