Depuis peu, notre grand triangle national couve les prochaines élections législatives. Postes mobiles d’inscriptions, caravane, publicité à tout va, gratuité de la carte d’identité nationale, campagne de sensibilisation, les icônes y sont convoquées, clips, mini-concerts, interviews, tous scandent un même discours : ALLEZ VOTER!

Je suis comme qui dirait une jeune et je n’ai jamais voté. A quoi bon? Notre régime est « très démocratique ». N’empêche que cette fois, j’ai décidé de m’exprimer. Ne vaut-il pas mieux mourir l’arme à la main?

Première étape, avoir une carte d’identité. Pour s’inscrire, il en faut une. La mienne est comme qui dirait, a fait son temps. Elle a expiré , il y a six semaines. Je me réjouis d’en faire une, et en plus c’est gratuit. Quoi? Je vous vois venir. Six semaines, échéances législatives, carte d’identité gratuite, depuis le temps, vous n’avez pas compris que je suis une matérialiste. Wanda! (Etonné?) Génération camerounaise, génération intéressée? Oh, oui! c’est vrai oh!

Vous vous demandez si les échéances législatives ne sont qu’un prétexte. Je veux y participer? Bon, c’est un peu vrai. M’en fou un peu. Il me coûterait 6000 F CFA ce papier en temps normal. Oh! Quoi?

Il est 5 h 30 du matin, je vais à la rencontre de mon sésame. Euh, oui? Oui! Vous explique, au Cameroun lorsque quelque chose est gratuit, tout le monde le fait. Même si vous n’ en avez pas besoin. Vous en avez deux? L’excès ne nuit pas oh!  L’essentiel, c’est de profiter. C’est vrai! Kaba, foulard, tous les moyens sont bons pour être servie. Il faut paraître vieille. Je vous explique au Cameroun pour être rapidement servi, il faut être vieux, être enceinte et surtout pas être jeune. Il est 5h45, je suis la 124 ème personne… hummm camerounais!

Je m’aligne. Il est 8 heures, début du service. Une bonne trentaine est reçue. Le bal débute. J’avais pas encore compris le manège. S’il est vrai que la corruption est devenue tabou, une denrée à ne plus consommer. Une autre forme de corruption a pris le dessus: la famille.

Plus la peine d’être mon frère, on est tellement mélangé ces jours-ci qu’un bassa traînant avec un bamiléké, le considérant comme son frère. Humm, ça n’étonne personne.

L’ordre n’est plus suivi. Nous nous énervons. Quoi? Que je peux m’énerver seule? Effet de masse oui! L’officier nous calme en nous disant qu’ils sont pas obligés. Vous avez payé? Tout le monde se calme. Révolutionnaire cachée, révolutionnaire toujours cachée! (Quoi?) Je décide de mettre en pratique les règles de la bienséance camerounaise: commencer à parler le patois.

Quoi? Vous aussi!

Allez , Son’a Ponda!