Les z’héros nationaux

Je sais qu’elle n’est pas très originale cette lettre. Faire une pour te rendre hommage, C’est fait et tellement refait? Bref! Je voulais juste t’écrire. Je voulais juste kongosser sur l’après indépendance du vert-rouge-jaune. Nous sommes indépendants maintenant. Bon, l’indépendance est venue avant la réunification. Je sais que tu aurais voulu la réunification avant. Mais c’est le contraire qui s’est passé. Elle s’est imposée en 1972. Nous sommes désormais République unie du Cameroun.

Martyr national? Martyr de Quoi?

@Panafrique.net

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La première fois que j’ai entendu parler de toi, ce fut en classe de CE2 en cours d’histoire. On parlait de toi comme un martyr. Martyr de quoi? Une guerre? Tu fus maquisard? Tu entras dans le maquis? Je suis confuse et bien trop jeune pour comprendre. Alors au fil des années, j’ai répété ma leçon d’histoire sans bien me demander pourquoi ceci ou cela. Oui, t’as une place dans les livres d’histoires. Bon, t’as un paragraphe, une jolie photo et tes appelé résistant, non pas maquisard. C’est écrit Ruben Um Nyobè et la résistance camerounaise face aux colonialismes français. Aujourd’hui, ton nom au Cameroun est presque tabou. Personne n’en parle vraiment. C’est comme si cette résistance demeure tacite dans nos mémoires. Il est synonyme de soulèvements, d’émeutes. On a d’ailleurs vécu deux majeurs: une en 1990 et une autre en 2008. La première demandait le multipartisme et l’autre était celle des émeutes de la faim suite à la hausse du carburant. Elles ont laissé de mauvais souvenirs. Alors ceci peut expliquer ce mutisme? Ou pas? Hum…

Bref Près de 50 ans après, on est bien loin de l’administration parallèle aux services coloniaux que t’as crée pour marquer ton envie d’être libre. On est bien loin de ton exigence de devenir premier ministre. On est bien loin de ton vœu d’apprendre aux africains à diriger, vœu émis à cette tribune de l’ONU en 1952. L’ONU? Elle n’a pas changé. Tiens! Elle ne sert toujours à rien aujourd’hui. Tout le monde y fait des discours sans plus. On y parle sans plus. Au pays, nous avons eu enfin un pouvoir exécutif avec une séparation des pouvoirs. Nous sommes bien loin du système législatif anglais. Les députés sont plus des faire-valoir qu’autre chose. Ah tiens! Il y a une alternance au pouvoir. Bon, pas alternance, alternance. On a eu en 50 ans, trois présidents de la république. C’est pas mal. Oui! Il y a certains en Afrique qui n’ont qu’un seul depuis. C’est pas mal non? Bref! Faut bien voir le bon coté des choses. Les héros d’aujourd’hui sont ceux qui possèdent de l’argent pas des idées. Alors tu n’aurais pas vraiment eu ta place.

L’économie est au maquis


Je t’écris aujourd’hui parce que le 13 septembre dernier, on célébrait l’anniversaire de ta mort. Toi qui souhaitais avant tout notre émancipation politique, mais aussi économique. Fallait qu’on nous apprenne à gouverner. Nous qui avons toujours vécu en autarcie, le colonialisme nous a ouvert au monde. Ce monde, monde des marchés, des transactions, des transports et surtout des industries. On parle aujourd’hui de développement, de mondialisation. Les échanges commerciaux sont plus faciles grâce aux technologies de ouf; grâce aux traités moins avantageux pour que ceux qui le ratifient, que ceux qui l’écrivent. C’est triste, mais le développement est mesuré en fonction des valeurs qui ne sont pas nôtres. Ça te ferait surement mal que le Cameroun ait un taux d’alphabétisation super élevée. Le diplôme moyen étant la licence, cependant on est dans le secteur informel. Peut être qu’il faut ça pour « se développer » alors on bosse dure avec ou sans politique d’accompagnement. On ne demande plus rien à l’état. On est au début de notre vie et à la fin.

Une émergence?


Le Gabon atteindra son émergence en 2020. Nous, notre président parle de 2035. Il a engagé de grands travaux. Les entreprises camerounaises: eau, énergie sont privatisées. Bon, elles sont devenues parapublic. C’est le nouveau mot pour dire sans vouloir dire. Bref! On ne va pas très bien.
Je n’espère que tes pas trop déçue. On fait du mieux qu’on peut, avec les armes qu’on peut mais on ne peut être des maquisards, nous! On n’a pas ta force. En plus, c’est devenu de plus en plus complexe de vivre et d’être aussi radicale que ça. Alors j’emprunterais cette idée qu’a mon écrivaine camerounaise préférée: Tsayem Lydienne. En écrivant un roman sur le maquis, elle a fait ressortir ce pan: Rien n’est ni blanc-noir. Tout est gris. Le sacrifice est personnel, ingrat, oublié. Mais qu’est-ce qu’on y peut? Rien!

Allez Son’a ponda Ruben!

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Danielle Ibohn
Je suis hypothétiquement barrée... Je dis bien hypothétiquement. Community Manager en herbe, se prenant rarement au sérieux.